|
C’est le 7 octobre 1951 qu’Enki (diminutif de Enes) Bilal voit le jour à Belgrade en ex-Yougoslavie, six ans après la fin de la guerre.
D’un père Yougoslave (qui n’était autre que l’ancien tailleur du Maréchal Tito) et d’une mère Tchèque, le petit Bilal passera dix ans de sa vie dans ce pays meurtri. Il jouera même dans un film basé sur une course-poursuite entre deux bandes rivales d’enfants et où son personnage dessinait à la craie sur les trottoirs.
En 1960, il annonce à son institutrice qu’il va rejoindre son père à Paris alors que le régime en place interdisait, alors, aux familles yougoslaves de s’exiler. L’administration se met d’ailleurs à suspecter son père qui n’était pas rentré de France depuis longtemps. Heureusement, l’institutrice est intéressée par l’appartement des Bilal ; et c’est son mari, occupant un poste important, qui permet d’accélérer le départ du reste de la famille.
«Mes premiers rapports avec le dessin ont été encouragés par mes parents et puis c’est devenu une espèce de drogue de l’enfance : je dessinais encore et toujours… Quand je suis arrivé à Paris, j’ai dû apprendre le français et le dessin m’a permis de devenir, très vite, le premier de sa classe ! Je pouvais enfin m’exprimer via ce moyen d’expression qu’est la bande dessinée : je découvrais Spirou, Tintin, Pilote et je rêvais d’en faire mon métier…»
Avant de réaliser son rêve de gosse, notre interviewé a-t-il profité d’une formation pour parfaire sa technique ?
«J’ai suivi, pendant exactement trois mois, les cours des Beaux-Arts à Paris ! Je les ai quittés pour travailler à Pilote, car dès 1971, j’avais proposé des caricatures d’hommes politiques de l’époque à la rédaction et, après, j’y publiais ma première bande dessinée : «L’appel des étoiles».
Cet apprentissage aux Beaux-Arts ne m’a pas servi à grand-chose car j’avais déjà tout appris avant, de façon autodidacte, en regardant les œuvres de grands dessinateurs publiés dans mes magazines de prédilection. Et puis, le travail et la passion ont fait que je me suis mis à progresser sans trop m’en rendre compte. Ce qui ne m’avait surtout pas plu à ce moment-là (peut-être que cela a changé depuis), c’est cette espèce d’admiration qu’avaient les enseignants et les élèves pour des productions extrêmement médiocres et prétentieuses…»
C’est à Pilote, après quelques «pages d’actualité» formatrices, qu’Enki Bilal rencontre Pierre Christin, le scénariste de «Valérian», avec lequel il va entretenir une longue et fructueuse collaboration : ce dernier lui confiant la reprise des «Légendes d’aujourd’hui», cycle commencé par Jacques Tardi…
Après «La croisières des oubliés» (en 1975), «Le vaisseau de pierre» (en 1976), et «La ville qui n’existait pas» (en 1977), Enki Bilal et Pierre Christin pré-publient dans Pilote, en 1979, «Les phalanges de l’ordre noir» ; l’album rencontre un énorme succès, remportant le prix RTL et se plaçant au 11ème rang pour le magazine Lire qui recensait alors les 20 meilleurs livres de l’année.
Tous ces ouvrages, mêlant adroitement fantastique et politique-fiction, ont été publiés, à l’origine, par Dargaud puis aux Humanoïdes associés, et sont désormais disponibles aux éditions Casterman.
«Cela a été d’abord exceptionnel, pour moi, d’avoir été sollicité par Pierre Christin qui avait repéré les premières histoires que j’avais réalisées seul. En effet, il a été l’un des premiers à amener des notions de politique et de social dans la bande dessinée et ce fut donc aussi, outre une agréable collaboration, une véritable prise de conscience. Particulièrement lorsque j’ai travaillé avec lui sur un album comme «Partie de Chasse», en 1983, lequel a eu un rôle presque prémonitoire dans la perestroïka touchant le monde communiste européen : en commençant d’abord par la Pologne. On peut même dire que c’est un de ces albums qui a fait entrer la bande dessinée dans le monde adulte et qui a fait peut-être éclater les barrières entre BD et «vrais» livres dans les bibliothèques.».
Outre ce remarquable scénario qui peut d’ailleurs se rattacher au cycle des «Légendes d’aujourd’hui» et qui installe durablement la célébrité de notre dessinateur, les deux complices ont également travaillé ensemble sur plusieurs ouvrages d’illustrations et de photos détournées pour les éditions Dargaud ou Autrement («Los Angeles - l’étoile oubliée de Laurie Bloom» et«Coeurs Sanglants et autres faits divers») : était-ce déjà une envie de sortir de la bande dessinée, de s’essayer à d’autres formes d’arts ?
«Oui, parce que, pour moi, la bande dessinée ce n’est pas quelque chose de figé, et parce que j’aime bien progresser sans me répéter : à chaque nouvelle aventure éditoriale, il y a de nouveaux enjeux ! Par ailleurs, Pierre Christin, qui est à l’origine un professeur de journalisme, aime bien, lui aussi, les expériences : d’où ces objets-livres un peu atypiques».
Parallèlement, à partir de 1976, Enki Bilal collabore à la revue Métal Hurlant en s’associant, pour l’occasion, avec le scénariste et rédacteur Jean-Pierre Dionnet («Exterminateur 17»), alors qu’en 1980, il entreprend «La foire aux immortels», premier long récit qu’il dessine et écrit seul, et premier volet de la «La trilogie Nikopol», lequel sera suivi de «La femme piège» (1986) et de «Froid équateur» (1992).
Dans le cadre des expérimentations qui le sortent du 9ème art, Enki Bilal signe l’affiche du film «Mon oncle d’Amérique» d’Alain Resnais ; il collaborera à nouveau avec ce cinéaste en 1982, en dessinant l’affiche du film «La vie est un roman», ainsi qu’une partie des décors.
«On m’a demandé de travailler sur la technique particulière, et assez ancienne, que l’on appelle les “Glass Painting” : c’est-à-dire de peindre, sur une grande plaque de verre, des décors dans lesquels on incruste les acteurs. Toujours soucieux de réaliser des livres atypiques, j’ai donc réalisé un recueil de ces travaux : «Images pour un film», publié chez Dargaud, en 1983. Quant à ma rencontre avec Alain Resnais, elle a été déterminante pour la suite de ma carrière cinématographique, même si, depuis mon enfance, le dessin et la caméra se sont toujours rencontrés ; ne serait-ce qu’avec mon expérience dans ce film tourné à Belgrade, auquel j’ai participé à l’âge de 9 ans. J’ai pris ça comme un signe du destin ! Et comme l’envie de réaliser un long-métrage était bien là, j’ai tenté de franchir le pas en passant de l’autre côté de la caméra.»
En effet, Enki Bilal réalise son premier film en 1989 : «Bunker Palace Hotel», interprété par Jean-Louis Trintignant et Carole Bouquet. Il sera suivi, en février 1997, de «Tykho Moon», co-écrit avec l’écrivain Dan Frank, où on retrouve Jean-Louis Trintignant accompagné par Julie Delpy, Joseph Leysen, Michel Picolli et Richard Bohringer. Enfin, en 2004, sort «Immortel» son troisième film. Ce dernier, co-écrit avec Serge Lehman, est un savant mélange d’images de synthèse et d’acteurs réels : Linda Hardy, Thomas Kretschmann et Charlotte Rampling interprétant les personnages de la trilogie «Nikopol».
Parmi les autres travaux hors bande dessinée dus à ce créateur protéiforme, citons aussi le magnifique portfolio «Die Mauer» (1982), ses recherches graphiques pour le film «Le nom de la rose» de Jean-Jacques Annaud d’après le roman d’Umberto Ecco (1985), le gros recueil «L’état des stocks» (publié à l’origine chez Futuropolis, en 1986) qui se veut un bilan de son travail d’illustrateur, les livres «Hors jeu» (avec Patrick Cauvin, aux éditions autrement, en 1987), «Bleu sang» (catalogue de l’exposition de ses premières toiles chez Christian Desbois, en 1994), «Un siècle d’amour» (avec Dan Franck, aux éditions Fayard, en 1999) et «Le sarcophage» (avec Pierre Christin, aux éditions Dargaud, en 2000), les dessins des décors et des costumes de «Opa Mia» (un spectacle de Denis Levaillant au Festival d’Avignon, en 1990, mis en scène par André Engel) ou de «Roméo et Juliette» (un ballet de Prokoviev, sur une chorégraphie d’Angelin Preljocaj, pour le Lyon Opéra Ballet)…

|
De juin à novembre 1990, l’éditeur Les Humanoïdes Associés rééditent l’ensemble des oeuvres d’Enki Bilal publiées auparavant aux éditions Dargaud, avant que tout ce fonds passe chez Casterman en 2006 : «Crux universalis» (recueil de ses courts récits parus dans Métal Hurlant), «Exterminateur 17» sur un scénario de Jean-Pierre Dionnet (qui avait été également prépublié, en 1978, dans les pages de cette revue appartenant alors aux Humanos), «Mémoires d’outre-espace» (courtes histoires publiées dans Pilote), les 5 albums du cycle des «Légendes d’aujourd’hui» écrit par Pierre Christin, et même les deux premiers volets de «La trilogie Nikopol» (le deuxième, «La femme piège» ayant été publié en 1986).
Mais d’où venait ce besoin de réaliser ses propres récits : l’envie de tout faire seul, de tout contrôler ?
«Avant de rencontrer Christin, j’avais commencé tout seul, écrivant quelques courtes histoires que je mettais alors en images. Il savait donc depuis le début que j’avais envie de faire vivre mes propres scénarios. Aussi, quand je me suis senti assez libre dans ma tête, j’ai commencé à travailler sur «La foire aux immortels». D’autre part, il faut savoir également qu’un album comme «Partie de chasse», un livre emblématique qui annonçait d’ailleurs la fin d’un monde, représentait une sorte d’aboutissement dans notre collaboration. Nous sommes allés ensemble assez loin et, peut-être, au bout d’une certaine harmonie : c’est sans doute pour cela que nous faisions aussi des bouquins assez atypiques car nous pensions, quelque part, que nous avions atteint, communément, le maximum de ce que nous pouvions réaliser en bandes dessinées.»
Il faudra attendre septembre 1993 pour lire le dernier opus de la trilogie («Froid équateur»), élu meilleur livre de l’année tous genres confondus par le magazine Lire : une première dans l’histoire de la bande dessinée.
«Le fait que j’ai été reconnu comme un véritable «auteur» par la revue Lire a dû agacer et déstabiliser beaucoup de gens. A cette époque-là, il fallait vraiment oser (et se battre) pour consacrer ainsi un faiseur de petits mickeys : je crois d’ailleurs savoir que cela a coûté sa place au rédacteur en chef. C’était d’autant plus énervant pour certaines personnes que je faisais, en même temps, mes premiers pas de réalisateur cinématographique avec un film atypique sur le hasard des choses. Cela m’a permis de retourner à Belgrade, ma ville natale, poser ma caméra dans les rues où je jouais gamin, et de demander à Christin de m’aider pour le scénario : nous avons pu ainsi continuer notre collaboration, sans nous enfermer dans la bande dessinée.»
Sans le vouloir, Enki Bilal devenait alors incontournable et incontrôlable à la fois, ne rentrant dans aucune case culturelle bien définie : la marque commune des grands artistes, à qui personne n’arrive à coller une étiquette !
«Bunker Palace», le premier film d’Enki Bilal a été très bien accueilli par la critique et a connu un honorable succès d’estime de la part du public (221 000 entrées), du moins pour un film de politique-fiction qui était alors assez atypique dans le paysage du cinéma français de l’époque ; en tout cas, il a fait beaucoup mieux que le deuxième («Tykho Moon») qui, lui, n’a enregistré que 75 000 entrées, mais bien moins que le suivant («Immortel») qui a dépassé le million de spectateurs en salles.
«Je suis la preuve vivante que la bande dessinée peut être l’un des moyens d’accès au cinéma : même si, sur le plan technique, ce n’est pas tout à fait pareil, il y a les mêmes enjeux narratifs. Et puis, on apprend beaucoup sur le tas car on ne travaille pas seul !
Je ne suis pas un réalisateur qui tient la caméra et je suis entouré de nombreux techniciens ou acteurs très compétents et très généreux qui ont su me faire partager leurs connaissances. Sur «Immortel», qui a quand même nécessité plus de 3 ans de travail, ce fut plus compliqué car, comme ce film mêle les images de synthèses et les prises de vues classiques, il a fallu engager une société spécialisée dans les effets spéciaux, laquelle employait plus de 200 infographistes. On me demandait d’être au départ de toutes initiatives artistiques ; tout passait donc par moi : la mise en scène, les dialogues, les costumes… Je donnais toutes les instructions que je pouvais à cette société et, ensuite, c’était à eux de transformer tout cela en images : et c’était très complexe.
C’était une expérience passionnante, mais aussi très frustrante par moments : j’aurais bien voulu, par exemple, que les machines soient plus intelligentes et que les logiciels électroniques soient moins inertes et plus souples. Bizarrement, les défauts de cette production (après coup, je vois toujours plein de défauts à mes travaux finalisés, mais cela doit être normal) viennent, finalement, conforter le sens du film, lequel dit à peu près ceci : attention, à force de nous manipuler nous-mêmes, à force de faire trop d’expérimentations, on finit par toucher à des choses dangereuses, et on risque la catastrophe : certains personnages de ce film, qui est, en fait, une relecture particulière de «La trilogie Nikopol», sont d’ailleurs le reflet de ces catastrophes.»
Si l’année 1996 voit la parution de «Mémoires d’autres temps», qui n’est autre que la réédition augmentée du «Bol maudit» et de «Crux universalis», il faut attendre 1998 pour savourer la publication du «Sommeil du monstre», premier volume d’une trilogie qui, finalement, comptera 4 albums aux éditions Humanoïdes associés puis Casterman : «Trente-deux décembre» ne sera disponible en librairies qu’à partir de 2003, «Rendez-vous à Paris» en 2006, et «Quatre ?» en 2007.
On retrouve, dans ce nouveau chef-d’œuvre, tout cet univers baroque et foisonnant qui exprime la décrépitude et la dégénérescence du monde dans lequel nous vivons, et qui est propre à Enki Bilal …

|
C’est donc en 1998 qu’Enki Bilal sort « Le sommeil du monstre », premier volume d’un cycle de 4 albums qui trouvera sa conclusion en 2007. Si cette réflexion sur la mémoire, étonnante et brillante, dénonce avec vigueur, et de façon évidente, la montée de l’obscurantisme et des signes ostentatoires de religion, elle n’en est pas moins assez complexe à appréhender, car elle utilise un panel ahurissant de procédés narratifs qui brouillent toutes les frontières de l’art.
« A la fin de mon deuxième film, « Tykho Moon », je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir raconter, désormais, en bande dessinée. Il y avait, bien sûr, un sujet qui, inconsciemment, me rongeait intérieurement, c’était celui de la guerre en ex-Yougoslavie. Je savais qu’un jour ou l’autre, il faudrait que j’affronte le problème d’une manière ou d’une autre, tout en sachant que je me refuserais à le faire d’une façon réaliste : je considérais que c’était plutôt le travail des journalistes ou des analystes politiques.
C’est alors que m’est venu à l’esprit le sujet central du « Sommeil du monstre » : l’éternel recommencement des horreurs dû à la mémoire défaillante des hommes, la seule explication pour qu’une nation se déchire une fois de plus, 40 ans après. Cependant, je n’avais pas envie de dessiner toutes ces abominations, car je trouvais ça vulgaire, racoleur et malsain. C’est alors que se sont imposées différentes idées comme ces passages avec un long texte seul et des images dessinées à part (tout ce que je ne voulais pas dessiner était donc raconté sous forme d’une suite de mots), ces différents flash-back, ce mélange et amalgame des langues… : un magma d’envies qui devait me permettre de réaliser un ouvrage avec des techniques narratives moins convenues. D’autant plus que tout ce qui concernait la guerre, de cette Yougoslavie-là, était évoqué par un nouveau-né de 18 jours qui faisait une espèce de retour en arrière jusqu’au premier jour de sa naissance, à Sarajevo, en 1993. »
Seulement voilà, entre le 1er et le 2ème opus de cette tétralogie, il y a eu les événements du 11 septembre 2001, lesquels ont eu une conséquence inattendue sur l’élaboration decet étrange récit de science-fiction.
« J’ai bien sûr été très choqué par ces attentats ; surtout que dans le deuxième volume qui finira par s’intituler « Trente-deux décembre », je devais annoncer, sans citer explicitement les deux tours jumelles du World Trade Center, la destruction des symboles occidentaux par les fondamentalistes religieux, notamment par les talibans. Ce n’était pas de la prémonition, car quand on s’intéresse aux sciences politiques, on finit toujours par tomber, malheureusement, dans une logique organisation du futur qui permet un va-et-vient permanent entre la réalité et la fiction… »
A l’époque des attentats du 11 septembre, Enki Bilal s’était demandé comment on pouvait continuer à faire de l’art après une tragédie comme celle-là et son travail sur « Le sommeil du monstre », en a été largement bouleversé.
« Je me suis rendu à Sarajevo plusieurs fois ces dernières années. C’est toujours une ville blessée, mais la vie artistique, théâtrale notamment, y est intense : d’une incroyable richesse. Les situations extrêmes provoquent inévitablement, chez les artistes et chez les créateurs, une libération génératrice de qualité. Et de violence ! En fait, aujourd’hui, la responsabilité des artistes, c’est de s’engager dans leur art. Cela veut dire accepter le mélange des genres, tenter des expérimentations, prendre des risques, et le montrer.
L’art a, par exemple, un rôle important à jouer face à cet islamisme radical qui nie toute possibilité d’expression. En soi, l’art est une arme, un acte de résistance. Mais imaginer que l’art se mette au service du mal, que le mal devienne la motivation de l’artiste, est une idée aussi terrifiante qu’excitante. D’une certaine manière, c’est ce qu’a réussi Ben Laden : l’acte artistique maléfique suprême. Donc, vu les événements, j’ai finalement écarté le côté géopolitique très sombre du premier tome du « Sommeil du monstre » pour essayer d’aller vers quelque chose de plus léger et de plus pervers à la fois avec l’intervention d’un artiste dont le projet artistique est de faire du mal absolu un spectacle à l’échelle du monde. »
Dans l’ultime volet, les trois orphelins nés à Sarajevo, à quelques jours d’intervalle et en pleine guerre civile, finissent par être réunis… Si, par rapport à la violence contenue dans les deux premiers épisodes, Enki Bilal allège son propos, introduisant même, par moments, une certaine dose d’humour bien venu, on retrouve ce climat, baroque et familier d’après-apocalypse balkanique, que le graphisme du maître arrive toujours à dégager : c’est la marque intemporelle d’un véritable créateur, mais avec laquelle ce virtuose touche-à-tout aimerait, parfois, rompre ; ceci afin d’entamer une nouvelle période, ou peut-être, même, une nouvelle vie…
« Finalement, la responsabilité des artistes, et c’est à ça que je voulais arriver, c’est de poser des questions. Un artiste sait, aujourd’hui moins que jamais, contre quoi il se bat et pourquoi il le fait : mais ne pas avancer, c’est mourir… »
Propos recueillis par Gilles Ratier
5 mars 2008
Source : http://www.bdselection.com/php/index.php?rub=page_dos&id_dossier=259
|